Le Burkina-Faso fait partie des pays les plus pauvres d’Afrique, mais il bénéficie d’une administration efficace, propice à la réalisation de projet de développement. Les filles restent encore relativement sous-scolarisées, elles constituent le principal public cible de cette action. La scolarisation des filles rencontre de nombreux obstacles (grossesses précoces, pauvreté et malnutrition, habitudes ancestrales et les distances séparant les habitations des écoles, maltraitance, sida). Les bourses d’étude demeurent un levier qui encourage les parents à la scolarisation des enfants.
En 2002, Frédéric Dufoor, artiste peintre, se rend au Burkina-Faso. Il y rencontre Aminata Diallo, professeur de philosophie au lycée de Bobo Dioulasso, deuxième ville du Burkina-Faso, qui préside une jeune association locale (Maïa Bobo, car MAÏA signifie « humanité » dans la langue Bambara) consacrant ses efforts à scolariser des petites filles de milieux vraiment défavorisés. Avec Enfants du Monde, il met en place une opération de bourses d’étude afin de scolariser les jeunes filles.
Témoignage de deux jeunes diplômés
Kadi (Karidia) Sanou (responsable de la maison 222 a récemment réuni des jeunes afin qu’ils écrivent à leurs parrains et marraines. Parmi eux, deux anciens filleuls ayant aujourd’hui terminé leur parcours scolaire ont accepté de témoigner.
Leurs lettres dépassent le cadre d’une réussite académique. Elles montrent ce que peut représenter, sur la durée, la confiance de parrains, marraines et bénévoles qui accompagnent un enfant pendant des années.
Matisse : de l'abandon scolaire à la magistrature
Né en Côte d’Ivoire, Matisse Kologo a perdu son père très jeune. La crise politique ivoirienne de 2002 pousse ensuite sa famille à rejoindre le Burkina-Faso. Les difficultés financières deviennent telles que lui et ses frères et sœurs doivent interrompre leur scolarité en 2005-2006. C’est alors que la Maison Maïa Bobo et Kadi entrent dans leur vie.
« Grâce au parrainage, cinq de mes frères et sœurs ont pu poursuivre les études immédiatement. »
Kadi prend également en charge la scolarité de Matisse jusqu’à l’obtention du baccalauréat. Plus tard, Jim, un parrain belge, lui trouve une nouvelle marraine, Brenda, qui poursuivra cet accompagnement durant ses études supérieures.
Année après année, Matisse franchit les étapes : baccalauréat, licence, maîtrise, puis Master 2 en droit international privé. Mais son parcours ne s’arrête pas là. En 2023, il réussit le très sélectif concours de la magistrature burkinabè. Après trois années de formation, il s’apprête aujourd’hui à intégrer la fonction publique comme magistrat.
Avec beaucoup d’émotion, il écrit : « Je crois que sans vous, réussir au BEPC, au BAC, à la Licence en droit, à la Maîtrise en droit, au Master 2 en droit international privé et au concours de la magistrature n’aurait pas été possible. »
Et ses ambitions demeurent intactes puisqu’il envisage désormais de préparer une thèse de doctorat.
Odile : construire son avenir malgré les épreuves
L’histoire d’Odile Lucie Somé est elle aussi marquée par de lourdes épreuves. Issue d’une famille de quatre enfants, elle perd son père en 2005 puis sa mère en 2009.
Avant même qu’un parrain lui soit attribué, l’association Maïa prend en charge sa scolarité, ses repas et les produits de première nécessité dont elle a besoin pour poursuivre ses études.
Plus tard, Neville, un autre ami de Jim, devient son parrain (quand on vous dit que le bouche-à-oreille fonctionne bien…). À son décès en 2016, alors qu’Odile poursuit ses études universitaires, l’association veille à ce qu’elle puisse continuer son parcours. Peter prend alors le relais et l’accompagne jusqu’à la fin de son cursus.
Grâce à ce soutien fidèle, Odile obtient une licence en Communication d’entreprise et Marketing, puis un Master en Communication des entreprises et des institutions.
Elle garde également un souvenir très fort de son voyage en Belgique en 2022, lors de la rencontre entre filleuls, parrains et marraines :
« Ce fut un voyage mémorable et je suis très reconnaissante envers tous ceux qui ont rendu cette expérience possible. »
Aujourd’hui, même si elle recherche encore un emploi stable, elle a déjà effectué des missions professionnelles et souhaite développer sa carrière dans la communication numérique.
Le parrainage a changé leur vie
Les parcours de Matisse et d’Odile montrent bien ce que représente un parrainage dans la durée. Bien sûr, il permet de financer la scolarité. Mais il apporte aussi une stabilité, une présence, un encouragement, la certitude qu’un jeune pourra poursuivre ses études malgré les épreuves de la vie.
Tous deux soulignent d’ailleurs que leur rencontre avec les associations Maïa et Enfants du Monde Belgique a profondément changé leur existence.
Pour les parrains, marraines et bénévoles qui les ont accompagnés, ces réussites constituent la plus belle des récompenses : voir des enfants devenir des adultes formés, autonomes et prêts à construire à leur tour l’avenir de leur pays.
Responsables
Responsable sur place :
Kadi (Karidia) Sanou

